Histoire
9 sept. 2026

Le raz-de-marée de l’AfD en Saxe-Anhalt met à l’épreuve le cordon sanitaire allemand

Le résultat historique de l’AfD aux élections régionales a rendu impossible pour les partis traditionnels allemands d’ignorer l’extrême droite, alors même que le parti reste à trois sièges de la majorité absolue. Ce résultat révèle également une frustration croissante envers le chancelier Friedrich Merz.

L’AfD a remporté la Saxe-Anhalt avec une marge historique, mais sa percée a produit un paradoxe embarrassant : l’extrême droite est désormais la principale force politique du Land sans disposer des sièges nécessaires pour le gouverner. Le cordon sanitaire allemand contre toute coopération avec le parti tient bon — pour l’instant — tout en devenant de plus en plus difficile à maintenir.

Avec 43,8 % des voix et 39 des 83 sièges du Parlement régional, l’AfD a plus que doublé son précédent résultat et a largement devancé l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne du chancelier Friedrich Merz, tombée à 17,2 %. L’ampleur de la défaite fait de cette élection à la fois une victoire régionale pour l’AfD et un désaveu national du gouvernement de centre droit de Merz.

Le candidat de l’AfD, Ulrich Siegmund, a présenté le résultat comme un mandat, déclarant : « nous avons écrit l’histoire », tout en affirmant que les électeurs avaient signalé que « les choses ne peuvent pas continuer ainsi ». La coprésidente nationale du parti, Alice Weidel, a qualifié le résultat de « sensationnel » et proposé de travailler avec ceux qui cherchent à « faire avancer l’Allemagne ». Pourtant, le refus de l’AfD d’entrer dans une coalition, conjugué au rejet de toute coopération par les autres partis, laisse incertaine sa voie vers le pouvoir.

Cette incertitude constitue le succès immédiat du cordon sanitaire — et sa faiblesse stratégique. La CDU, les sociaux-démocrates, les Verts et Die Linke détiennent ensemble 39 sièges, mais toute tentative de bloquer l’AfD pourrait nécessiter une coordination avec le BSW de gauche, voire un soutien tacite de Die Linke. Les analystes avertissent qu’une seule défection ou abstention pourrait modifier l’équilibre.

Le résultat reflète davantage qu’un simple sentiment anti-immigration. La stagnation économique, le déclin industriel dans l’est de l’Allemagne et la colère suscitée par l’emploi, les prix de l’énergie et les aides sociales ont poussé les électeurs vers les partis contestataires. L’opinion publique est « furieuse », a déclaré l’ancien ministre de la CDU Peter Altmaier, qualifiant le résultat de « sorte de catastrophe ». Les détracteurs rétorquent que le projet de campagne d’expulsions de l’AfD, ses restrictions visant les migrants et ses positions favorables à la Russie menacent les normes démocratiques et l’avenir économique du Land.

Pour Merz, le dilemme central est désormais incontournable : préserver le cordon sanitaire au risque de la paralysie politique, ou l’assouplir et détruire l’une des barrières emblématiques de l’Allemagne d’après-guerre contre l’extrême droite.